MAMADOU TALL DIEDHIOU (French)

by Cheikh Darou Seck, Dakar, Sénégal


Mamadou Tall Diedhiou est né le 7 août 1947 dans un petit village le long de la côte Niomoune. A l’âge requis, il commença à fréquenter l’école mais devait arrêter quelques années plus tard.

Alors qu’il s’intéressait de plus en plus à la poésie, il commença à écrire des poèmes sur son village. Quelques-uns de ses poèmes parlent aussi du sort des oiseaux dont les nids furent détruits par les mitrailleuses et les roquettes pendant la guerre de rébellion. Ces poèmes sont souvent tristes mais ils dénotent son profond amour pour les oiseaux, qui devait jouer un grand rôle dans sa carrière et influencer grandement son oeuvre.

Quand je vis Tall pour la première fois, il était en train de ramasser des objets jetés dans la rue. A l’époque, je ne savais pas qu’il était artiste. Puis, un jour, je vis une de ses créatures sur le bureau d’un gérant d’un centre d’appel. C’était un bel oiseau fait à partir d’un vieux pot aplati, une feuille de maïs, des perles et des bouts de bois. Alors je demandai qui avait réalisé cette oeuvre et on me donna son nom et son adresse. Je partis le voir pour lui poser quelques questions sur son art. A ma grande surprise, il accepta de répondre à toutes mes questions.

En 1993 il eût l’idée de chanter la beauté de son village. C’est à cette époque là qu’il commença la poésie, et le premier poème qu’il écrivit fut intitulé « La fille au clair de lune ». Après avoir écrit le poème il voulait qu’il soit illustré avec un portrait de la fille qu’il chantait. Alors il alla trouver un artiste peintre pour lui demander de faire le portrait, mais celui-ci lui demanda beaucoup d’argent. Comme il n’arrivait pas à trouver l’argent, il se résolut de faire le portrait lui-même. « C’est ainsi que de la poésie j’en vins à la peinture » dit-il.

Eric, un artiste ghanéen qui avait son atelier à coté de Diedhiou lui apprit quelques éléments de base de peinture comme l’utilisation de la couleur, la lumière ou les formes. Petit à petit, il améliora son art en y intégrant l’intelligente utilisation de vieux objets comme les pots ou les cannettes qu’il ramassait dans les rues. Ce qui était une première dans l’environnement artistique du Sénégal.

Bientôt il devint un peintre très doué, comme il le dit : « Tout est question d’avoir le second regard. Au début, je voyais dans les pots aplatis la face d’un homme ou un foulard sur une tête de femme, tandis que les non initiés n’y voient qu’un simple objet ». Alors il essaya d’utiliser ses vieux objets pour représenter sa vision de l’art.

Un matin de 1994, mon oncle qui était alors le chauffeur du directeur du Centre culturel français entra dans mon atelier et vit mes peintures. Il s’y intéressa et me promit d’en parler au directeur. Une semaine plus tard, je fus grandement surpris de voir François Belorger, le directeur du Centre culturel français entrer dans mon atelier. Après avoir visité l’atelier, il fut très content et il m’annonça son intention d’organiser une exposition afin que le public puisse voir mon art. Ce fut là ma première exposition et ce fut également une grande réussite ».

A cette exposition, il y eut un tableau particulièrement apprécié du public. L’artiste l’avait réalisé avec des mégots de cigarette et l’avait appelé « Marie Mégots ». Il fut acheté par le successeur de François Belorger. Cette même année, Mamadou Tall Diedhiou fut sélectionné pour participer à la Biennale des Arts contemporains de Dakar, qui est un forum pour la promotion des artistes sénégalais et africains. Son art attira l’attention de beaucoup de personnalités et il fut sélectionné pour le Festival de Hauts de Garonne en France.

Une fois en France il fit également la tournée de beaucoup d’écoles pour apprendre aux jeunes élèves français à faire des oiseaux à partir de matériaux de récupération.

A son retour au Sénégal il reçut une équipe de TV5 qui voulait réaliser un court métrage sur lui et son art. Ensuite, ce fut le tour de Catherine et Bernard Desjeux (un couple de journalistes français indépendants) de faire un reportage sur lui.


Quand j’ai demandé à Diedhiou à propos de sa vision de l’art, il parla d’une dualité : l’aspect extérieur des choses et la face cachée pour laquelle l’art a été réalisé. « Parce que », dit-il, « les créatures sont différentes. Certains peuvent voir des choses que les autres n’arrivent pas à voir. C’est la raison pour laquelle les artistes ont deux façons de voir, la façon commune à tout le monde et ce qu’on appelle le second regard, c’est-à-dire le regard de l’initié, celui qui permet à l’artiste de voir un bel oiseau dans un pot écrasé ou un bout de bois et d’utiliser ses talents pour le matérialiser ».

C’est pourquoi, selon Diédhiou, l’art est non seulement un moyen d’expression, de communication et de décoration, mais il est aussi thérapeutique.


Nous en arrivâmes à la récupération qu’il définit en disant :« C’est l’action de ramasser et d’utiliser ce qui pourrait être perdu et de le réutiliser. Cela veut dire que quand l’artiste récupère une chose, il est en train de lui donner une seconde forme, un second souffle, en un mot ramener à la vie des objets qui étaient condamnés à une mort certaine. C’est après avoir réalisé Marie Mégots lors de ma première exposition que je me rendis compte de l’opportunité d’utiliser de vieux objets dans mon art.

Ainsi Diédhiou commença à utiliser de vieux objets et c’est ce qui fit l’originalité de son art aussi.

L’obsession des oiseaux lui vient de Niomoune, son petit et pittoresque village natal, qui est plein de toutes sortes d’oiseaux migrateurs en toute saison. Ils y viennent nidifier et animent constamment le village de leurs cris et bruits. L’observation de ces oiseaux a été d’une grande influence dans l’art de Diédhiou, ce qui fait qu’il arrive à saisir de petits détails et subtilités dans le comportement général des oiseaux et qu’il arrive à rendre d’une belle façon. Comme il le dit : J’ai observé des oiseaux de toutes sortes, et cela a été bénéfique à mon art. Les oiseaux sont des êtres qui peuvent être très dynamiques et très actifs. Je pense que j’ai été la seule personne à s’être préoccupée du sort des oiseaux quand les rebelles et les troupes militaires commencèrent à détruire leurs nids durant leurs échanges de tirs de roquette et de mitrailleuse dans leur folle guerre destructive ».

C’était tellement triste que cela lui donna l’inspiration d’écrire le poème qu’il intitula Oiseaux tristes.

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